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Abderrazak Halloumi : quatre vies en une, un même engagement

Président

« De même que je refuse d’être un esclave, je refuse d’être un maître. Telle est mon idée de la démocratie »

Abraham Lincoln

Les chats ont sept vies successives et Abderrazak Halloumi, lui, en mène au moins quatre. De front ! Et au pas de charge ! Enseignant, chercheur en histoire médiévale et en islamologie, élu local engagé, et militant pour les droits et la justice sociale, il conjugue depuis plus de trente ans : pensée, action et transmission. En effet,  Abderrazak Halloumi est une figure aux multiples facettes, reconnue pour ses contributions dans le domaine académique en tant qu’historien médiéviste et islamologue, ainsi que pour son engagement dans la vie politique locale à Poitiers, en France.

Un acteur de la vie publique poitevine depuis 1997

De 1997 à 2008 Abderrazak Halloumi a été vice-président de l’association « Le Toit du Monde » à Poitiers.Il a été élu conseiller municipal, pour la première fois en 2008. Il est alors conseiller municipal délégué  à l’accessibilité, du handicap et de la sécurité des établissements recevant du public., il est correspondant Défense de la ville.

Abderrazak Halloumi a été auditeur de l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) en 2012. Il a été admis à la 190e session régionale (promotion Pierre Schoendoerffer) de l’IHEDN, qui s’est déroulée à Limoges et à Bourges.

En 2014, pour son deuxième mandat il se voit confier  en plus des autres délégations, la lutte contre les discriminations pour  la ville de Poitiers et GrandPoitiers. Dans le cadre de ses fonctions municipales, il a participé à des événements publics, comme des émissions de radio pour discuter d’initiatives locales telles que « Le Festival des Accessifs, le Mois autour du Handicap » qu’il a cofondé en 2010. Cette implication de longue date dans la politique locale, sur les questions sociales révèle un engagement fort en faveur de sa ville. Depuis les élections municipales 2020, il siège au conseil municipal dans un groupe d’opposition. Cette indépendance lui permet de défendre une gauche du réel, connectée au terrain. Il a fondé le Forum poitevin pour porter son plaidoyer en faveur des droits, de l’inclusion et de la démocratie locale. Entre  2008 et 2021, il a été  Conseiller départemental remplaçant de la Vienne, Canton de Poitiers I. Depuis 2008, membre du conseil d’administration du SDIS ( service Départemental d’Incendie et de Secours) de la Vienne.

Un chercheur passionné par le Moyen Âge et les imaginaires religieux

Sur le plan académique, il est captivé par les études médiévales depuis son parcours à à la faculté  des lettres  de l’université de Poitiers. Cette passion pour le Moyen-Âge va grandissante et le conduit à consacrer ses recherches sur Le chevalier au lion de Chrétien de Troyes. Déjà le thème de la Justice retient son attention. Une maîtrise puis un DEA  en littérature  française et civilisations médiévales lui ont permis de poursuivre son travail sur les thèmes de la chevalerie et de la justice dans la littérature d’imagination des XIIe et XIIIe siècles. Il reprend ses  études En 2018. Ses recherches doctorales à l’Université de Poitiers menées sous la direction d’Éric Palazzo et de Martin Aurell au sein du Centre d’Études Supérieures de Civilisation Médiévale (CESCM) de Poitiers portent sur « L’Apocalypse et l’Eschatologie. Elles aboutissent à la publication de son livre « Le Livre de l’Eschiele Mahomet », un manuel d’islamologie au XIIIe siècle, paru en 2024 aux éditions Classiques Garnier, dans la collection Histoire culturelle. Ce livre est considéré comme une étude significative sur la connaissance de l’islam par les chrétiens médiévaux, analysant un texte traduit à la cour d’Alphonse X le Sage.

Avant de se consacrer pleinement à la recherche, Abderrazak Halloumi a eu une carrière dans l’enseignement. Il est professeur de lettres et d’histoire au lycée professionnel Isaac de l’Étoile ( Le Porteau) à Poitiers à partir de  1989.Depuis une trentaine d’années, il forme des générations de poitevins à leur langue, à la littérature, à l’histoire, à l’instruction civique. Faire connaître, partager, s’ouvrir inlassablement. Cette carrière soutenue dans l’enseignement secondaire est encore un témoignage de son engagement en faveur de la transmission des connaissances.

Il y a une dernière passion-vie dont des biographes officiels ne parlent jamais : celle de la cuisine, de son goût pour la convivialité et les plats méditerranéens

Sourabad Saïd Mohamed : égalité, inclusion et justice sociale

Sourabad Saïd Mohamed

« La vertu n’a pas de maître »

Platon, La République livre X

Sa vie commence comme un roman d’espionnage.

Il a huit ans, lorsqu’il atterrit à Poitiers. Son père, ministre et député des Comores, fuit le mercenaire Bob Denard qui vient de lancer l’opération Atlantide pour renverser le gouvernement de la très jeune République Comorienne.

L’épisode le marque. Il lui donne le goût de l’action et de l’engagement. Le rejet des valeurs nauséeuses aussi. Depuis Sourabad Saïd Mohamed défend celles de l’égalité, de l’inclusion et de la justice sociale.

Il fonde l’Agence pour l’égalité entrepreneuriale, persuadé que l’égalité se construit par l’économie et le travail.

Pour ce philosophe de formation, « le concret » et « l’action » sont préférables aux incantations : l’idéaliste revendiqué est celui qui réalise ses idées. Le pouvoir ne devrait pas être un objet de conquête mais un outil qui permet d’améliorer la vie de tous.

Ce titulaire d’un triple master de philosophe, médiation des organisations et gestion des ressources humaines rappelle que « Depuis 2018, on a contribué à injecter 1,2 M€ dans les quartiers et on a permis à 250 personnes de retrouver de l’autonomie, de la dignité, de l’empowerment ».

L’égalité, c’est la fierté mise en avant, le rejet des discours victimaires et le mot d’ordre : « agir au lieu de pâtir ».

Il se souvient aussi comme consultant avoir assisté à un nombre infini de réunions interminables où tout se ressemble. « C’est ça l’éthique, faire. Et ça vaut toutes les moralines du monde.

Anne Bodin-Giles

Sourabad Saïd Mohamed

« Quelque part au fond de toi, il y a cette personne libre dont je te parle.
Trouve-la et laisse-la faire du bien dans le monde »

Toni Morrisson Home.

« Se tenir au milieu des gens ». C’est sa position à Anne, entre deux cultures. La première anglo-saxonne par son père ; la seconde latine par sa mère, deux cultures qui parfois se combattent et qui, si souvent, sont côte à côte.

De la première, elle garde le goût sauvage de la liberté et des grands auteurs, Paul Auster, Toni Morrison.

De la seconde, elle a recueilli le plaisir de la critique et du débat.

À l’Amérique de Trump, elle demande de justifier sa position, d’expliquer pourquoi ce pays fondateur de liberté et libérateur de l’Europe est aujourd’hui en train de flirter avec les idées illibérales.

L’enjeu en vaut la chandelle, ces deux cultures doivent trouver, au centre d’elles-mêmes, un terrain d’entente. Savoir donner du lest pour ne pas lâcher, c’est savoir concilier, réconcilier sans renoncer à soi-même. L’exercice est souvent difficile mais il est toujours plus productif, plus bénéfique en tout cas que le revers de main qui balaie l’autre.

Tenir la corde par les deux bouts c’est ce que Anne fait par éducation, par conviction mais aussi parce que c’est son métier d’enseigner pour transmettre une autre langue à ses élèves du Porteau. L’enseignement est aussi une arme dans la lutte pour la liberté, celui des langues une certitude pour l’ouverture. On peut être légère et combative, empathique et indépendante, en étant rien d’autre que soi-même, c’est-à-dire humain.

Elodie Bonnafous

Sourabad Saïd Mohamed

Il faut parfois savoir claquer des portes pour en ouvrir d’autres. Quand c’est nécessaire à la défense de ses convictions, c’est ce que fait Élodie. S’éloigner pour continuer le combat et les porter sur d’autres fronts. Les idées solidement arrimées, une éthique de fer structurent le combat qu’elle mène depuis plusieurs décennies. Engagée pour l’égalité alimentaire, Élodie veut savoir ce qu’on met dans nos assiettes.

Au début des années 2000, elle revient dans sa région d’origine et reprend seule un domaine agricole. Une exploitation d’1,5 hectare spécialisée dans la production maraîchère. Parce qu’elle est une femme de projet et donc de futur, elle s’y investit et suit une formation agricole. Elle se lance ensuite dans un programme d’apprentissage plus atypique centré sur l’agriculture biologique. Imaginer l’agriculture autrement, plus responsable, moins violente pour l’environnement et pour les hommes. Elle développe la vente au panier et crée une société de conseil. Mais l’agriculture n’est pas seulement une question de santé, c’est aussi une affaire de goût. Alors, elle s’associe à un chef étoilé. Les rôles s’accordent naturellement : l’une parle de produits, l’autre de recettes.

C’est à cette époque aussi qu’elle développe des liens avec la restauration scolaire. Elle encourage les gestionnaires de restaurant à s’approvisionner chez les agriculteurs locaux. Sa sensibilité l’ouvre sur la souffrance du monde paysan. Les centrales d’achats, les distorsions de taille et de moyens entre les exploitations agricoles imposent de soutenir les producteurs locaux. Elle juge que les collectivités doivent créer les conditions permettant de faire se rencontrer producteurs et consommateurs.

 

Maman solo, Élodie donne un visage à cette communauté de 1,5 million de femmes qui élèvent seules leurs enfants. Elle rappelle qu’une famille sur quatre est monoparentale en France et que, bien sûr, 82 % de ces parents isolés sont des mères. La précarité oscille souvent entre menace et banalité. Une raison encore de monter au front.

Bastien Garibal

Sourabad Saïd Mohamed
L’engagement n’attend pas le nombre des années. On peut avoir moins de trente ans et s’investir dans la vie collective. Bastien refuse le désarroi démocratique. Il ne suffit pas d’être insatisfait, encore faut-il construire un collectif. Son désir d’action l’a conduit à entreprendre des études à l’Institut de préparation à l’Administration générale de Poitiers et à faire en sorte que ce désir construise sa vie professionnelle. Poser la règle de droit, c’est aussi poser les casques et bâtir la paix sociale. Sur le plan personnel, il confirme ce désir en animant les ateliers mensuels du Forum Poitevin, en rencontrant les gens sur le marché des Couronneries. Le benjamin de l’équipe du Forum Poitevin a des analyses sûres. Posé, refusant les coups tordus, il rejette les expressions comme « capacité de nuisance » qu’il juge à la fois négatives et inutiles. Son attention aux gens fait de lui un travailleur constant qui a l’ambition de faire vivre sa ville. Pour y arriver, il est partisan de la démocratie participative. Sur le plan personnel, sa vision du « vivre-ensemble » se transforme en convivialité. La convivialité, il la recherche dans les voyages. Pendant ses séjours dans les Balkans, il se confronte à une géologie âpre et déchirée. Là-bas, la terre ressemble aux conflits qu’elle a engendrés. Elle est en même temps porteuse d’une impérieuse nécessité pour des peuples de culture, de langue et de religion différentes de trouver un consentement. Sans basculer dans l’angélisme, Bastien pense qu’il n’y a pas d’alternative au dialogue. De retour à Poitiers, avec ses amis, il échange autour d’une bière. La plus répandue et la plus ancienne boisson du globe les rassemble. Il perpétue une tradition sans âge qui brasse des idées, des mots et qui construit un consensus.