Accueil » 1er congrès 2023

Lancement du Forum démocratique, inclusif et citoyen-Forum poitevin

Samedi 30 septembre 2023, 14h30- 17h30, Salle Guillaume d’Aquitaine. 18 rue des Écoles – 86580 Biard

1/ Accueil– Gilles Morisseau, maire de Biard

Gilles Morisseau fait part de son plaisir d’accueillir le premier congrès du Forum Poitevin à Biard. Il s’agit d’une bonne voire d’une excellente initiative car Il est nécessaire de se retrouver pour pallier le déficit de dialogue, dommageable pour la vie démocratique et pour le territoire. En effet, le but du Forum consiste à rassembler pour échanger, changer (sur) la vie locale mais aussi pour maintenir les acquis sociaux. Il est donc indispensable d’être productif lors des prochaines années et des prochaines rencontres.

2/ Présentation du Forum – Abderrazak Halloumi, président du Forum Poitevin

Abderrazak Halloumi, après avoir remercié les présents et le maire de Biard pour l’accueil réservé, retrace la création du forum : une vingtaine d’initiateurs souhaite aborder la vie politique d’une autre manière pour réfléchir autrement. Le Forum n’est pas encore un parti politique mais un groupe qui s’engage dans la voie de la réflexion. Le Forum n’est pas une énième organisation. Son rituel est à construire au fur et à mesure. Il doit rassembler les énergies, réfléchir à l’échelle du département.

Pour agir, il faut comprendre ; pour comprendre, il faut connaître. Une intelligence collective doit donc se mettre en place. Le Forum est une structure apprenante dans laquelle les membres se forment ensemble. Ses valeurs sont des valeurs humanistes : laïcité, respect de l’altérité et de la différence, avec pour mot d’ordre « l’humain au cœur de la machine ». Le travail va donc s’engager sur des valeurs communes à investir lors des prochaines échéances. Les idées encore balbutiantes qui doivent être développées portent sur la création d’une société plus solidaire, plus accueillante, plus inclusive, notamment pour résorber le décalage entre Poitiers centre et sa périphérie. Abderrazak Halloumi se présente comme un jauressien patenté.

3/ Deux spécialistes ont été invités pour alimenter les travaux des membres présents

A) Le territoire face aux nouveaux enjeux démocratiques (Yves Jean)

D’abord, Yves Jean à qui on a demandé d’aider l’assemblée à réfléchir sur la question « Le territoire face aux nouveaux enjeux démocratiques »

Yves Jean est intervenu sur les trois crises qui caractérisent la France aujourd’hui : crise sociale, crise écologique et crise politique.

La crise des inégalités

La crise sociale est une crise des inégalités (territoriales, éducatives). Il est à noter que les 10% les plus pauvres ne possèdent presque rien. Les inégalités de patrimoine déterminent les inégalités sociales.

Ces inégalités sociales s’accroissent du fait de l’absence d’ascenseur social. Quelle valeur doit-on accorder au travail ? Quel est son sens ? Quelle éducation construire ?

La présidence d’Emmanuel Macron se traduit par une vision conservatrice avec un retour à l’autorité et une absence de projet éducatif. Cette vision se traduit par une exaspération chez les enseignants. En France, le traitement des professeurs est 2,5 fois inférieur à celui perçu en Allemagne. On assiste donc à une fuite des enseignants mais aussi des parents, notamment ceux des milieux favorisés qui orientent leurs enfants vers le privé. À cet état de fait, s’ajoute une succession de réformes qui déstabilisent et aggravent les inégalités.

La politique de l’actuel Président de la République consiste en une culpabilisation des pauvres, des chômeurs, des salariés avec la chasse aux arrêts maladie.

Les dépenses publiques sont contraintes. À titre d’exemple, les dotations aux hôpitaux n’augmentent pas, ce qui conduit à réduire le nombre de lits et à favoriser l’ambulatoire. Dans le même temps les déserts médicaux s’accroissent malgré l’arrivée de nouveaux habitants.

L’université est dans une situation semblable. Leurs dotations restent stables alors que le nombre d’étudiants augmente.

Cette politique créé un sentiment d’abandon sur lequel surfe le Rassemblement National.

Le rapport du Conseil économique, social et environnemental régional (CESER) de la Région Nouvelle-Aquitaine donne les chiffres suivants :

– 800 000 personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté ;

– 1 enfant sur cinq vit en dessous du seuil de pauvreté ; 

– 15 % de la population urbaine vit en dessous du seuil de pauvreté (artisan, agriculteur) ;

– Les jeunes aussi sont concernés par la pauvreté. Elle se manifeste en particulier par l’insécurité alimentaire et la prise d’un seul repas par jour, celui du déjeuner.

L’urgence est devenue un mode de gestion pérenne.

Heureusement, il existe beaucoup de solidarité et d’acteurs de l’économie circulaire.

La crise écologique

La 2ème crise est une crise écologique. Au Canada à l’été 2023, 15 millions d’hectares soit l’équivalent de la superficie de la Grèce sont partis en fumée. Les vagues de chaleur se sont révélées impressionnantes. Les 100 pays les plus pauvres sont les plus touchés.

La crise climatique fait émerger de graves enjeux autour de l’eau et se traduit par une baisse de la biodiversité.

Or l’État ne répond pas à ces questions. Le discours consistant à faire de la science le remède semble hors-sol. Il faut, au contraire, mettre au centre du débat la question de la reproductibilité des ressources.

Heureusement, il existe une forte prise de conscience chez les plus jeunes.

La Crise politique

La 3ème crise est une crise politique. Le vote est devenu un vote intermittent.

16% des électeurs ne votent pas au premier tour, parmi eux beaucoup de jeunes.

Cette absence de base électorale soulève la question de la légitimité des élus locaux. À Niort, le maire a été élu avec 10 000 voix.

On assiste à un effritement d’élection en élection. Il est donc nécessaire de développer d’autres formes de participation.

La présidentialisation de la vie politique avec la forte personnalisation de la Présidence de la République remet en cause la démocratie participative. Les syndicats, les groupes sociaux ne sont plus pris en compte. Le rôle de Ligue des droits de l’homme est revu.

Dans le même temps, la répression se renforce.

Ce phénomène de personnalisation remarquable dans toute la sphère politique aboutit à un affaiblissement du fonctionnement démocratique.

La France reste un pays centralisé. Or, l’État fonctionne sans les moyens de ses ambitions.

Le nouveau triptyque de l’organisation administrative s’articule autour des intercommunalités, des régions et de l’Europe.

Or depuis la suppression de la taxe d’habitation, la marge de manœuvre financière des collectivités est cantonnée à la taxe foncière.

La recentralisation des décisions s’est opérée en réduisant le nombre de fonctionnaires et de services publics (bureaux de poste notamment). Cette politique accentue le sentiment de déshérence

Conclusion

Il existe beaucoup d’initiatives telles que les conventions citoyennes locales (transports, alimentation, numérique). Ces initiatives s’approprient les politiques publiques.

La responsabilité historique actuelle est d’empêcher l’arrivée de l’extrême-droite au pouvoir.

Points soulevés lors des échanges :

1°/ Origine de la crise politique : atomisation de la crise politique avec une explosion de la notion d’individu. La force du « je » interdit toute continuité sociale.

2°/ Question de l’électorat du Parti Socialiste considéré comme sécurisé et acquis. Y-a-t-il eu un détournement du PS par ses cadres ? Les militants de base sont restés centrés sur les valeurs initiales.

3°/ Lien à reconstruire entre la vie politique et la société civile. Ce lien doit permettre une remobilisation. Comment faire venir les électeurs ?

La non-proximité des citoyens et des élus révèle un manque démocratique continuel. Il faut s’interroger sur les raisons de l’échec et sur la manière de refaire de la politique avec les valeurs de gauche.

4°/ Nécessité de donner du temps à une association et à un mandat. Le rapport au temps est essentiel pour construire une politique pérenne.

5°/ Les instructions indiquant qu’il ne faut pas parler du Rassemblement National car les propos tenus contribuent à sa diabolisation doivent être revus. Au contraire, quand quelqu’un avance masqué, il faut le découvrir et donc dévoiler les discours trompeurs.

6°/ Nécessité de mettre en avant les points communs pour trouver et développer une rationalité qui rassemble.

7°/ La démocratie est un exercice, elle doit se cultiver. Il faut donc redonner du sens au pouvoir d’agir. L’exemple de la Kabylie doit servir. Les villages sont administrés par des grands sages. Il n’y a pas de discours sur les personnes mais sur les sujets.

B) Comment les enjeux écologiques et l’urgence climatique peuvent-ils être traduits en acte ? ( Éric Puisais )

Éric Puisais du laboratoire RURALITÉS, docteur en philosophie et en géographie, intervient sur le thème de l’urbanisme et des enjeux écologiques. Face à l’étendue du sujet, il le recentre sur l’urbanisme et l’écologie.

Il rappelle quelques chiffres. En 2013, la population mondiale est pour la première fois plus urbaine que rurale. En 2050, on estime que 80 % de la population mondiale sera urbaine. On commence à parler d’aire mondiale. L’aire urbaine de Tokyo rassemble 40 millions d’habitants sur un espace identique à celui de la Vienne. En 1950, Téhéran comptait 1 million d’habitants contre 16 millions aujourd’hui.

La notion de périphérie devient de plus en plus relative. La ville se développe de manière anarchique. On voit se créer des bidonvilles globaux. Ce développement pose la question de l’accès à l’eau.

Qu’en est-il des villes européennes ? Échappent-elles à cette idée des métropoles barbares ? Les projets de territoires tendent à s’uniformiser. Éric Puisais donne l’exemple de 3 projets de territoires de bords politiques différents (dont Poitiers). Malgré les différences politiques, ces 3 projets sont strictement identiques. On assiste donc à une standardisation des politiques de la ville.

Les grandes villes se sont métropolisées. Or les villes plus petites suivent la même tendance. En France, 80% de la population vit dans une aire urbaine. Chaque année, 28 200 hectares sont artificialisés. Or cette croissance est insoutenable. L’urbanisation contribue à la crise climatique. 70% du CO2 est émis par l’urbanisation. L’humanité, mais aussi la planète, entre dans l’« urbanocène ».

Face à ce constat, quelles actions peuvent être mises en place ?

Éric Puisais propose de passer de la politique de l’habitat à la politique de l’habité. La politique de l’habitat est une politique de construction de logements. Or au XIXe, l’habitat est le milieu de vie. Au XXIe siècle, habiter n’est plus demeurer, ce qui pose la question de la mobilité. Se loger, c’est aussi avoir sa place parmi les vivants, ce qui soulève la question de l’intégration.

La ville remplit quatre fonctions : habitat, travail, divertissement, circulation. Ces 4 fonctions de la ville doivent être réintégrées dans la notion d’habiter.

De sorte que « habiter » suppose un devoir d’humanité et de liberté. Il est donc nécessaire de passer d’une politique d’aménagement du territoire à une politique de ménagement de l’espace. L’espace est multidimensionnel, il n’est pas plane. Ce qu’on construit, on le construit de plus en plus haut. Or, ces constructions posent la question de la consommation énergétique. Un ascenseur consomme 4000 KWh/an, soit la consommation annuelle d’une famille.

L’espace est à ménager dans toutes ses dimensions.

Ménager c’est aussi prendre soin, c’est-à-dire faire le ménage. Il faut donc revoir ses actes et prendre soin de son environnement pour redimensionner les rapports à la ville. Les aspects du paysage et de l’écologie doivent être intégrés lors de la conception.

En conclusion, l’orateur souligne que les questions de justice spatiale ne peuvent pas se désolidariser des questions de justice sociale. Les populations défavorisées ne peuvent plus être expulsées des centres-villes.

Points soulevés lors des échanges :

1°/ L’enclavement de certains territoires (Bellejouane) soulève la question du niveau de soin qu’on veut donner à une population. Quel monde d’exclusion produit-on ?

La question de la mobilité est celle de l’accession aux différentes offres de la ville (culturelle, sportive…). Les questions de mobilité sont aussi des questions sociales.

Les aires urbaines s’accroissent mais pas les budgets des sociétés de transports. Il est nécessaire de concilier la question des mobilités à celle des transports de marchandises. À titre d’exemple, une brosse à dents a parcouru 20 000 KM.

Lords de la révision actuelle du PLU, il importe d’injecter dans la réflexion les aspects d’aménagement et de ménagement. Il faudrait penser l’espace en termes de policentralité.

2°/ Dans les zones rurales, on assiste à des regroupements d’écoles et de services publics. La politique du moindre coût finit par coûter très cher.

4/ Les échanges avec la salle ont été, une nouvelle fois très riches et très stimulants avec les nombreux participants. C’est pourquoi l’atelier que devait animer Élodie Bonnafous, « Fin du monde et/ou fin du mois : quel serait le rôle des collectivités (communes/Département/Région) pour répondre à cette problématique ? » va être programmé lors d’une prochaine session.

Élodie Bonnafous propose de mettre en place des ateliers sous forme de table ronde et d’ateliers de discussion. Des solutions peuvent être apportées en termes de mandat et de politique. Se pose la question du travail en commun sur le même territoire. Il convient d’éviter la dimension électoraliste, mais d’aborder les sujets sur un temps plus long.

La richesse des débats conduit à proposer de mettre en place ces ateliers au cours d’une séance ultérieure, chacun étant invité à proposer des thèmes de réflexion.

Abderrazak Halloumi clôt la réunion et invite les présents à partager ensemble le verre de l’amitié.